Edito du Président de l’Université Grenoble Alpes
En cette année 2026 qui voit les Etats-Unis célébrer les 250 ans de leur indépendance, et leurs positions se durcir à l’égard de l’Europe, le Musée de la Révolution française – Domaine de Vizille (Département de l’Isère) et le laboratoire LUHCIE de l’Université Grenoble Alpes organisent un colloque international visant à repenser les origines révolutionnaires de la relation franco-américaine, à travers la figure et les écrits de Beaumarchais (1732-1799). Cette relecture est rendue possible par l’arrivée récente à la Bibliothèque nationale de France des volumineuses archives personnelles de Beaumarchais, mais également par l’édition numérique inédite de l’ensemble de sa correspondance et de ses papiers manuscrits, entreprise dans le cadre du programme collectif et interdisciplinaire @rchibeau (ANR 2024-2029).
Danton, Napoléon et bien d’autres après eux ont cru déceler dans l’œuvre théâtrale de Beaumarchais une préfiguration prophétique de la Révolution française. Mais l’auteur du Mariage de Figaro ne s’est pas seulement rendu célèbre par les diatribes contre les privilèges proférées par son barbier sévillan. Beaumarchais est aussi un acteur aujourd’hui oublié des révolutions atlantiques, dont il n’a cessé d’augurer le succès tout en cherchant à en déterminer le cours. Sitôt que les insurgents entrent en rébellion ouverte contre la métropole britannique, le dramaturge parvient à convaincre Louis XVI d’un rapprochement nécessaire avec ces Américains « pleins de cet enthousiasme de liberté », estimant « qu’une telle nation doit être invincible ». Après avoir traversé la Révolution française, dans un contexte où l’alliance contractée en 1778 entre la France et les Etats-Unis est mise en péril, Beaumarchais écrit à un responsable du Directoire qu’il ne rêve qu’au « rapprochement des deux plus grandes républiques du monde, la française et l’américaine ». Cette confiance constante en une union nécessaire des deux rives de l’Atlantique nord sera questionnée à la lumière des nouvelles approches qui marquent aujourd’hui l’historiographie révolutionnaire.
Le colloque n’ambitionne pas seulement de réévaluer le rôle joué par Beaumarchais comme entrepreneur des révolutions atlantiques, en le confrontant à d’autres figures mieux traitées par la postérité comme celle de Lafayette. Ces rencontres visent également à penser à nouveaux frais les liens entre révolution américaine et révolution française, à la lumière d’archives foisonnantes et largement inexploitées. Les réseaux mobilisés par Beaumarchais permettent en effet de repenser les connexions entre de multiples ports des deux façades de l’Atlantique nord, sans oublier ceux de la Méditerranée, de l’espace caraïbéen et de l’Amérique espagnole. La documentation invite parallèlement à s’interroger sur la dimension émotionnelle de la traversée des révolutions, qui marque le théâtre mais aussi les correspondances privées entre Beaumarchais et ses nombreux interlocuteurs. Les contemporains de « l’âge des révolutions » ont multiplié les formes d’échanges et de communication articulant la dimension politique à la sphère sensible : ces émotions de la liberté répondaient à une crise de la représentation qui peut être considéré comme l’un des principaux moteurs des révolutions de part et d’autre de l’Atlantique.
Yassine Lakhnech
Programme à venir
