Colloque : La science voyageuse, Europe, XVIIIe-XIXe siècle

Amphithéâtre de la MSH-Alpes, 10h – 16h, le 14/12/2017

Au cours de cette première journée d’étude sur la science voyageuse, de jeunes chercheurs questionnent les relations entre la science et le voyage. Ils se penchent sur les pratiques de la marche et le rythme des voyages, sur le sens de l’exploration de terrain et de la collecte des échantillons, sur la valeur de l’épreuve physique, sur le défi de la comparaison des données, sur les manières de rendre compte de l’expérience de la déambulation, sur l’accueil réservé à leur retour. Ces thèmes sont au cœur de l’actualité éditoriale, illustrée en 2017 par la publication des carnets du voyage en Italie d’Alexandre de Humboldt en 1805 (Marie-Noëlle Bourguet, Le monde dans un carnet) et des Éphémérides romaines (et toscanes) du botaniste François de Paule Latapie en 1775-1776 (Gilles Montègre).

On suivra pas à pas le modèle de l’excursion botanique institué par Jean-Jacques Rousseau comme une forme de promenade destinée à accroître les connaissances,  à forger des liens sociaux et à inventer un espace paysager (Timothée Léchot). On s’arrêtera sur les spécificités du regard technicien, lié au monde de l’industrie et des machines, en confrontant le voyage minéralogique ou botanique à la démarche d’enquête sur les manufactures lyonnaises de Fougeroux de Bondaroy (Rossella Baldi). On se demandera au service de quel type de savoirs Faujas de Saint-Fond entreprit ses tournées géologiques en France et dans le reste de l’Europe, associant à l’expérience de la nature celle de la prise de notes en vue de construire un discours scientifique (Guillaume Comparato). On s’interrogera sur ce qui relie des hommes de science partis de Naples vers les académies minières du monde germanique, la France ou l’Angleterre sous la forme de missions financées ou au contraire comme exilés au tournant du XVIIIe et du XIXe siècle (Fabio D’Angelo). Enfin l’expédition de Jean-Pierre Alibert en Sibérie dans les années 1840 pour recenser des gisements minéraux permettra d’offrir un recul sur les évolutions de la science itinérante pendant un siècle, d’interroger le lien entre arts, sciences et techniques et de mesurer le succès européen, lors de plusieurs expositions universelles, des « trophées » de graphite et de néphrite rapportés du mont Batougol (Maddalena Napolitani).

Ainsi seront envisagées des échelles spatiales variables, de la promenade naturaliste dans des lieux proches à des voyages plus lointains pouvant conduire jusqu’aux confins de l’Europe et même au-delà, du milieu du XVIIIe au milieu du XIXe siècle.

La science voyage aussi par les mots, générant une palette variée de genres, de la notation sur place aux mémoires et essais académiques. On réservera pour une seconde journée au printemps 2018 d’en creuser les enjeux spécifiques à l’heure où le problème de la diffusion, voire de la divulgation des savoirs est devenu crucial aux yeux des responsables politiques, éducatifs et culturels.

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