Version anglaise : Languages of Africa in the Iberian and Italian peninsulas: uses, circulations, learning, representations (1500-1700)
Version portugaise : As línguas da África nas penínsulas ibérica e italiana: usos, circulação, aprendizagem, representações (séculos XVI-XVII)
Au chapitre « De la langue Africaine » de son Thrésor de l’histoire des langues de cest univers (1613), Claude Duret décrit, en s’appuyant sur les écrits du théologien suisse Theodor Bibliander, une situation linguistique homogène en Afrique : « en ce qui concerne la généralité des Africains du jourd’huy divisez en tant de lignages et familles, et estendus par si longues distances de pays en icelle Afrique, et par si diverses contrées d’icelle, ils parlent tous une mesme langue qu’ils appellent amarig, langue noble et illustre appellee par les Arabes d’Afrique, langue Barbaresque, qui est la naïve Africane […] » (p. 551). Il recueille également des informations sur la “langue Ethyopienne, Indienne ou Nubienne” en se fondant en premier lieu sur le De ratione communi omnium linguarum et litterarum commentarius (1548) de Bibliander, mais aussi sur les textes de Guillaume Postel et André Thevet. Plus tard, aux Pays-Bas, la Description de l’Afrique (1668) du médecin Olfert Dapper, est composée par compilation de données médiévales et de la compagnie néerlandaise des Indes orientales. Si cette compilation n’implique pas nécessairement que les informations relayées soient inexactes, ces deux exemples témoignent de ce que les discours portant sur le continent africain émanent, dans ces espaces et à cette période, volontiers de discours de seconde main.
La présence européenne en Afrique, et africaine en Europe est pourtant un fait établi, mais son centre de gravité se trouve plutôt dans les deux péninsules, ibérique et italienne. En 1513 paraît ainsi à Rome le Psalterium Davidis et cantica aliqua biblica aethiopice, premier imprimé en caractères éthiopiens, à l’initiative d’une collaboration entre Johannes Potken et des moines éthiopiens résidant à Santo Stefano Maggiore dont le frère Tomās (Kelly 2024, Adankpo-Labadie 2026). Dans sa préface à ce psautier de David rédigé en guèze, langue écrite et liturgique de l’Éthiopie, Potken écrit notamment « […] Dieu aidant, il m’est possible d’éditer aujourd’hui le psautier de David en véritable langue chaldéenne et de l’offrir aux amateurs de langues étrangères » (Adankpo-Labadie 2026, 113). Le Psalterium Davidis contient notamment des notes sur la grammaire éthiopienne. Au contact des pèlerins éthiopiens, plusieurs lettrés italiens se passionnent ainsi pour la langue guèze au cours du XVIe siècle. En 1548, Mariano Vittori collabore par exemple avec l’érudit éthiopien Tasfā Ṣeyon et rédige à son tour une synthèse sur les origines de la langue éthiopienne ainsi qu’une grammaire guèze (Salvadore, De Lorenzi et Deresse Ayenachew Woldetsadik 2024). Dans la première moitié du XVIe siècle, le diplomate Yuhanna al-Asad, plus connu sur le nom de Léon l’Africain contribue à la diffusion de l’arabe dans la péninsule italienne en composant avec Jacob ben Samuel un dictionnaire en arabe, hébreu et latin ainsi qu’une grammaire en arabe (Zemon Davis 2006, 83-87).
À la même époque, marchands, marins, diplomates, guerriers, missionnaires portugais naviguent et commercent le long des côtes africaines. Des Africains séjournent ou s’installent également en péninsule ibérique, de manière forcée dans le cas des personnes esclavagisées, mais aussi dans le cadre de missions diplomatiques ou encore pour suivre des études comme les Kongos issus de la noblesse du royaume chrétien du Kongo. Un premier ouvrage de catéchisme bilingue portugais et kikongo composé par Gaspar da Conceição paraît à Evora en 1556 (Fernandes 2015). Plusieurs grammaires de la langue kikongo sont publiées au XVIIe siècle, notamment par le biais des presses de la Propaganda Fide à Rome (Macedo 2013). Si l’importance des empires ibériques dans la structuration de la connaissance romaine du monde a été soulignée par le projet BABELROME porté par Elisa Andretta entre 2017 et 2021, les savoirs spécifiquement linguistiques, leurs usages et leur circulation méritent une attention renouvelée, qui porte le regard sur les aires péninsulaires et leurs interactions concernant les savoirs portant sur l’Afrique. L’intérêt pour les langues d’Afrique se développe-t-il de la même manière au Portugal, en Espagne et dans la péninsule italienne ? D’autres langues que l’arabe, dont Émilie Picherot (Picherot, 2023) a montré la diffusion dans l’Espagne humaniste, sont-elles au centre des intérêts et des usages des acteurs péninsulaires ? Dans quelle mesure les représentations de ces langues, de ceux qui les parlent et qui les apprennent sont-elles modelées par les discours portés sur elles ? Enfin, quel est le rôle de l’imprimerie dans les usages, circulations, apprentissages et représentations de ces langues ?
Cette journée d’études propose de considérer le rôle des acteurs (voyageurs, missionnaires, pèlerins, érudits, imprimeurs, théologiens, maîtres de langues, diasporas, interprètes) dans la constitution de savoirs et représentations sur les langues d’Afrique, de l’arabe au kikongo en passant par le kanuri (Norbert 2021, Salvatore 2021) et le guèze, dans les péninsules ibérique et italienne. Il s’agit d’étudier et de comparer les contextes de constitution de ces savoirs linguistiques, que l’intérêt porté sur les langues se fonde sur une forme de curiosité ou qu’il revête un intérêt pratique : religieux, économique ou diplomatique. On entend également éclairer les modalités de recueil et de construction de ces savoirs, dont les sources se trouvent dans l’expérience de terrain ou bien dans le relais textuel d’information, mais aussi le devenir de ces savoirs dans des espaces géographiques et sociaux divers. Les modalités de diffusion et de circulation des données sur les langues nous intéresseront particulièrement, ainsi que la construction de représentations sur ces langues et leurs reconfigurations textuelles. Les travaux en histoire, en histoire du livre, en littérature ou encore en linguistique ou en philologie nourriront la discussion, et pourront en particulier s’intéresser à ces éléments non exhaustifs :
– Acteurs : interprètes, missionnaires, ambassadeurs, voyageurs, pèlerins, maîtres d’études (professeurs), lettrés, diasporas
– Outils et supports et leur diffusion : grammaires, dictionnaires, vocabulaires, traductions, ouvrages polyglottes, imprimés et manuscrits
– Récits et représentations : récits de rencontre avec la langue, d’apprentissage de cette langue, représentations du polyglotte, représentations de la langue
La participation est ouverte aux jeunes chercheurs. Les frais de voyage jusqu’à Grenoble seront partiellement pris en charge.
Les propositions de communication en français, anglais et portugais d’une durée de 25 minutes seront envoyées conjointement à clemence.jaime@univ-grenoble-alpes.fr et mathilde.alain@univ-grenoble-alpes.fr
avant le 15 mars 2026.
La journée d’études aura lieu le 25 septembre 2026 sur le campus de l’Université Grenoble Alpes.
Une publication des actes sera envisagée.
Événement organisé avec le soutien du projet ANR Ethiokongrome, qui étudie les connexions entre les royaumes chrétiens de l’Éthiopie et du Kongo avec Rome, ainsi que celui des UMR Litt&Arts, LUHCIE (UGA) et IHRIM (Université Jean Moulin Lyon 3).
Comité scientifique :
Olivia Adankpo-Labadie (Université Grenoble Alpes, LUHCIE, ANR Ethiokongrome)
Mathilde Alain (Université Grenoble Alpes, LUHCIE, ANR Ethiokongrome)
Yasmine Atlas (Université de Genève)
Clémence Jaime (Université Grenoble Alpes, Litt&Arts – IHRIM Lyon 3)
Bibliographie sélective
Adankpo-Labadie, Olivia, « Imprimer des livres en éthiopien au XVIe siècle : expérimentations et transmissions des savoirs dans la Rome humaniste », Revue d’histoire moderne & contemporaine 72-4 (2026), pp. 101-128.
Boccadama, Giuliana, « ‘Mori negri’ a Napoli tra 16. e 17. secolo : appendice documentaria », Il chiaro e lo scuro : gli africani nell’Europa del Rinascimento tra realtà e rappresentazione, Lecce, Argo, 2021.
Cyffer, Norbert, « Il kanuri : una lingua in costante cambiamento storico e sociale », Il chiaro e lo scuro : gli africani nell’Europa del Rinascimento tra realtà e rappresentazione, Lecce, Argo, 2021.
Duret, Claude, Thrésor de l’histoire des langues de cest univers, Cologny, Matthieu Berjon, 1613.
Kelly, Samantha, Translating Faith. Ethiopian Pilgrims in Renaissance Rome, Cambridge (Massachusetts) et Londres (Angleterre), Harvard University Press, 2024.
Fernandes, Gonçalo, « Primeiras Descrições das línguas africanas em língua portuguesa », Confluência 49-2 (2015), pp. 43-67.
Picherot, Émilie, La langue arabe dans l’Europe humaniste : 1500-1550, Paris, Classiques Garnier, 2023.
Macedo, José Rivair, « Escrita e conversão na África central do século XVII: o catecismo kikongo de 1624 » História Revista(UFG), vol. 18 nº1 (2013). Disponible en ligne : https://revistas.ufg.br/historia/article/view/29843.
Salvadore, Matteo, James De Lorenzi et Deresse Ayenachew Woldetsadik (éds), The Many Lives of Täsfa Ṣeyon, Cambridge, Cambridge University Press, 2024.
Salvatore, Gianfranco, « Il contributo della lingua kanuri alla storia delle canzoni moresche », Il chiaro e lo scuro : gli africani nell’Europa del Rinascimento tra realtà e rappresentazione, Lecce, Argo, 2021.
Zemon-Davis, Natalie, Trickster Travels: A Sixteenth-century Muslim Between Worlds, Londres, Faber and Faber, 2007 (première édition 2006).
Languages of Africa in the Iberian and Italian peninsulas: uses, circulations, learning, representations (1500-1700)
In the chapter entitled « De la langue Africaine » of his Thrésor de l’histoire des langues de cest univers (1613), Claude Duret describes, based on the writings of Swiss theologian Theodor Bibliander, a homogeneous linguistic situation in Africa: ‘as regards the generality of Africans today, divided into so many lineages and families, and spread over such long distances of land in Africa, and through such diverse regions of it, they all speak the same language, which they call Amarig, a noble and illustrious language called by the Arabs of Africa the Barbaresque language, which is the native African language […]’ (p. 551). He also gathered information on the “Ethiopian, Indian or Nubian language”, based primarily on Bibliander’s De ratione communi omnium linguarum et litterarum commentarius (1548), but also on texts by Guillaume Postel and André Thevet. Later, in the Netherlands, the Description of Africa (1668) by the physician Olfert Dapper was compiled from medieval data and information from the Dutch East India Company. While this compilation does not necessarily imply that the information relayed is inaccurate, these two examples show that discourse on the African continent in these areas and at this time was often based on second-hand information.
The European presence in Africa, and the African presence in Europe, is nevertheless an established fact, but its centre of gravity lies more in the Iberian and Italian peninsulas. In 1513, the Psalterium Davidis et cantica aliqua biblica aethiopice, the first book printed in Ethiopian characters, was published in Rome, the result of a collaboration between Johannes Potken and Ethiopian monks residing in Santo Stefano Maggiore, including Brother Tomās (Kelly 2024, Adankpo-Labadie 2026). In his preface to this psalter of David written in Geʿez, the written and liturgical language of Ethiopia, Potken wrote, ‘[…] With God’s help, I am now able to publish David’s psalter in the true Chaldean language and offer it to lovers of foreign languages’ (Adankpo-Labadie 2026, 113). The Psalterium Davidis contains notes on Ethiopian grammar. Through contact with Ethiopian pilgrims, several Italian scholars became fascinated with the Geʿez language during the sixteenth century. In 1548, for example, Mariano Vittori collaborated with the Ethiopian scholar Tasfā Ṣeyon and wrote a synthesis on the origins of the Ethiopian language as well as a Geʿez grammar (Salvadore, De Lorenzi and Deresse Ayenachew Woldetsadik 2024). In the first half of the sixteenth century, the diplomat Yuhanna al-Asad, better known as Leo Africanus, contributed to the spread of Arabic in the Italian peninsula by compiling, with Jacob ben Samuel, a dictionary in Arabic, Hebrew and Latin, as well as an Arabic grammar (Zemon Davis 2006, 83-87).
At the same time, Portuguese merchants, sailors, diplomats, warriors and missionaries sailed and traded along the African coast. Africans also stayed or settled in the Iberian Peninsula, either forcibly in the case of enslaved people, or as part of diplomatic missions or to pursue studies, such as the Kongos from the nobility of the Christian Kingdom of Kongo. The first bilingual Portuguese and Kikongo catechism, written by Gaspar da Conceição, was published in Evora in 1556 (Fernandes 2015). Several Kikongo grammar books were published in the seventeenth century, notably by the Propaganda Fide press in Rome (Macedo 2013). While the importance of the Iberian empires in structuring Roman knowledge of the world has been highlighted by the BABELROME project led by Elisa Andretta between 2017 and 2021, linguistic knowledge, its uses and circulation deserve renewed attention, focusing on the peninsular areas and their interactions concerning knowledge about Africa. Did the interest in African languages develop in the same way in Portugal, Spain and the Italian peninsula? Were languages other than Arabic, whose spread in humanist Spain has been demonstrated by Émilie Picherot (Picherot, 2023), at the centre of the interests and uses of peninsular actors? To what extent were representations of these languages, and of those who spoke and learned them, shaped by the discourse surrounding them? Finally, what role did printing play in the usage, circulation, learning and representation of these languages?
This study day aims to examine the role of actors (travellers, missionaries, pilgrims, scholars, printers, theologians, language teachers, diasporas, interpreters) in the constitution of knowledge and representations of the languages of Africa, from Arabic to Kikongo, Kanuri (Cyffer 2021, Salvatore 2021) and Geʿez, in the Iberian and Italian peninsulas. The aim is to study and compare the contexts in which this linguistic knowledge was developed, whether the interest in languages was based on curiosity or had a practical purpose, such as religious, economic or diplomatic interests. We also aim to shed light on the methods used to collect and construct this knowledge, whose sources can be found in field experience or in the textual transmission of information, as well as the future of this knowledge in various geographical and social spaces. We are particularly interested in the methods used to disseminate and circulate data on languages, as well as the construction of representations of these languages and their textual reconfigurations. Works in history, book history, literature, linguistics and philology will feed into the discussion and may focus in particular on the following non-exhaustive list of elements:
– Actors: interpreters, missionaries, ambassadors, travellers, pilgrims, teachers, scholars, diasporas
– Tools and media and their dissemination: grammars, dictionaries, vocabularies, translations, multilingual works, printed materials and manuscripts
– Narratives and representations: accounts of encounters with the language, of learning the language, representations of the polyglot, representations of the language
Participation is open to young researchers. Travel expenses to Grenoble will be partially covered.
Proposals for presentations in French, English, or Portuguese, lasting 25 minutes, should be sent jointly to clemence.jaime@univ-grenoble-alpes.fr and mathilde.alain@univ-grenoble-alpes.fr before 15 March 2026. The study day will take place on 25 September 2026 on the campus of the Université Grenoble Alpes.
A publication of the proceedings will be considered.
Event organised with the support of the ANR Ethiokongrome project, which studies the connections between the Christian kingdoms of Ethiopia and Kongo with Rome, as well as that of the UMR Litt&Arts, LUHCIE (UGA) and IHRIM (Université Jean Moulin Lyon 3).
Scientific committee:
Olivia Adankpo-Labadie (Université Grenoble Alpes, LUHCIE, ANR Ethiokongrome)
Mathilde Alain (Université Grenoble Alpes, LUHCIE, ANR Ethiokongrome)
Yasmine Atlas (Université de Genève)
Clémence Jaime (Université Grenoble Alpes, Litt&Arts – IHRIM Lyon 3)
Selected bibliography
Adankpo-Labadie, Olivia, ‘Imprimer des livres en éthiopien au XVIe siècle : expérimentations et transmissions des savoirs dans la Rome humaniste’, Revue d’histoire moderne & contemporaine 72-4 (2026), pp. 101-128.
Boccadama, Giuliana, ‘’Mori negri’ a Napoli tra 16. e 17. secolo : appendice documentaria’, Il chiaro e lo scuro : gli africani nell’Europa del Rinascimento tra realtà e rappresentazione, Lecce, Argo, 2021.
Cyffer, Norbert, « Il kanuri : una lingua in costante cambiamento storico e sociale », Il chiaro e lo scuro : gli africani nell’Europa del Rinascimento tra realtà e rappresentazione, Lecce, Argo, 2021.
Duret, Claude, Thrésor de l’histoire des langues de cest univers, Cologny, Matthieu Berjon, 1613.
Kelly, Samantha, Translating Faith. Ethiopian Pilgrims in Renaissance Rome, Cambridge (Massachusetts) et Londres (Angleterre), Harvard University Press, 2024.
Fernandes, Gonçalo, ‘Primeiras Descrições das línguas africanas em língua portuguesa’, Confluência 49-2 (2015), pp. 43-67.
Macedo, José Rivair, ‘Escrita e conversão na África central do século XVII: o catecismo kikongo de 1624’, História Revista (UFG), vol. 18 nº1 (2013). Available online: https://revistas.ufg.br/historia/article/view/29843.
Picherot, Emilie, Les musulmans d’Espagne dans les littératures arabe, espagnole et française : XVe-XVIIe siècles, Paris, Classiques Garnier, 2019.
Salvadore, Matteo, James De Lorenzi et Deresse Ayenachew Woldetsadik (éds), The Many Lives of Täsfa Ṣeyon, Cambridge, Cambridge University Press, 2024.
Salvatore, Gianfranco, ‘Il contributo della lingua kanuri alla storia delle canzoni moresche’, Il chiaro e lo scuro : gli africani nell’Europa del Rinascimento tra realtà e rappresentazione, Lecce, Argo, 2021.
Zemon-Davis, Natalie, Trickster Travels: A Sixteenth-century Muslim Between Worlds, Londres, Faber and Faber, 2007 (first edition 2006).
As línguas da África nas penínsulas ibérica e italiana: usos, circulação, aprendizagem, representações (séculos XVI-XVII)
No capítulo “De la langue africaine” da sua obra Thrésor de l’histoire des langues de cest univers (1613), Claude Duret descreve, com base nos escritos do teólogo suíço Theodor Bibliander, uma situação linguística homogênea em África: “no que diz respeito à generalidade dos africanos de hoje, divididos em tantas linhagens e famílias, e espalhados por tão longas distâncias de países na África, e por tão diversas regiões da mesma, todos falam uma mesma língua que chamam de amarig, língua nobre e ilustre chamada pelos árabes da África de língua berbere, que é a língua africana nativa […]” (p. 551). O autor também recolhe informações sobre a “língua etíope, indiana ou núbia”, baseando-se principalmente no De ratione communi omnium linguarum et litterarum commentarius (1548) de Bibliander, assim como nos textos de Guillaume Postel e André Thevet. Mais tarde, na Holanda, a Description de l’Afrique (1668) do médico Olfert Dapper é composta a partir de uma compilação de dados medievais e informações da Companhia Holandesa das Índias Orientais. Embora essa compilação não implique necessariamente que as informações transmitidas sejam inexatas, esses dois exemplos mostram que os discursos sobre o continente africano, nesses espaços e nesse período, provêm, em grande parte, de discursos de outras origens.
A presença europeia em África e africana na Europa é, no entanto, um facto comprovado, mas o seu centro de gravidade situa-se antes nas duas penínsulas, ibérica e italiana. Em 1513, foi publicado em Roma o Psalterium Davidis et cantica aliqua biblica aethiopice, primeiro livro impresso em caracteres etíopes, por iniciativa de uma colaboração entre Johannes Potken e monges etíopes residentes em Santo Stefano Maggiore, entre os quais o irmão Tomās (Kelly 2024, Adankpo-Labadie 2026). No prefácio deste saltério de David, redigido em ge’ez, língua escrita e litúrgica da Etiópia, Potken escreve, nomeadamente: “[…] Com a ajuda de Deus, é-me possível hoje editar o saltério de David na verdadeira língua caldeia e oferecê-lo aos amantes de línguas estrangeiras” (Adankpo-Labadie 2026, 113). O Psalterium Davidis contém, assim, notas sobre a gramática etíope. Em contacto com os peregrinos etíopes, vários eruditos italianos apaixonaram-se pela língua ge’ez durante o século XVI. Em 1548, Mariano Vittori colaborou, por exemplo, com o erudito etíope Tasfā Ṣeyon e redigiu, por sua vez, uma síntese sobre as origens da língua etíope, bem como uma gramática ge’ez (Salvadore, De Lorenzi e Deresse Ayenachew Woldetsadik 2024). Na primeira metade do século XVI, o diplomata Yuhanna al-Asad, mais conhecido pelo nome de Leão, o Africano, contribuiu para a difusão do árabe na península italiana, compilando com Jacob ben Samuel um dicionário em árabe, hebraico e latim, bem como uma gramática em árabe (Zemon Davis 2006, 83-87).
Na mesma época, comerciantes, marinheiros, diplomatas, guerreiros e missionários portugueses navegavam e comerciavam ao longo da costa africana. Os africanos também permaneciam ou se instalavam na Península Ibérica, de forma forçada no caso das pessoas escravizadas, mas também no âmbito de missões diplomáticas ou ainda para prosseguir estudos, como os Kongos provenientes da nobreza do reino cristão do Kongo. Uma primeira obra de catecismo bilingue em português e kikongo, composta por Gaspar da Conceição, é publicada em Évora em 1556 (Fernandes 2015). Várias gramáticas da língua kikongo são publicadas no século XVII, em particular através das editoras da Propaganda Fide em Roma (Macedo 2013). Se a importância dos impérios ibéricos na estruturação do conhecimento romano do mundo foi destacada pelo projeto BABELROME, liderado por Elisa Andretta entre 2017 e 2021, os conhecimentos especificamente linguísticos, seus usos e sua circulação merecem uma atenção renovada, que se concentra nas áreas peninsulares e suas interações no que diz respeito aos conhecimentos sobre África. O interesse pelas línguas africanas desenvolve-se da mesma forma em Portugal, Espanha e na península italiana? Outras línguas além do árabe, cuja difusão na Espanha humanista foi demonstrada por Émilie Picherot (Picherot, 2023), estão no centro dos interesses e usos dos atores peninsulares? Em que medida as representações dessas línguas, daqueles que as falam e que as aprendem são moldadas pelos discursos sobre elas? Por fim, qual é o papel da impressão no uso, na circulação, na aprendizagem e nas representações dessas línguas?
Este evento científico propõe considerar o papel dos atores (viajantes, missionários, peregrinos, eruditos, impressores, teólogos, professores de línguas, diásporas, intérpretes) na constituição de conhecimentos e representações sobre as línguas da África, do árabe ao kikongo, kanuri (Cyffer 2021, Salvatore 2021), passando pelo ge’ez, nas penínsulas ibérica e italiana. Trata-se de estudar e comparar os contextos de constituição desses conhecimentos linguísticos, quer o interesse pelas línguas se baseie numa forma de curiosidade, quer tenha um interesse prático: religioso, económico ou diplomático.
Pretendemos também esclarecer as modalidades de recolha e construção desses conhecimentos, cujas fontes se encontram na experiência prática ou na transmissão textual de informação, mas também o futuro desses conhecimentos em diversos espaços geográficos e sociais. As modalidades de difusão e circulação dos dados sobre as línguas serão de particular interesse para este evento, bem como a construção de representações sobre essas línguas e as suas reconfigurações textuais. Os trabalhos em história, história do livro, literatura ou ainda em linguística ou filologia alimentarão a discussão e poderão interessar-se, em particular, por estes elementos não exaustivos:
– Atores: intérpretes, missionários, embaixadores, viajantes, peregrinos, mestres de estudos (professores), letrados, diásporas
– Ferramentas e suportes, e sua difusão: gramáticas, dicionários, vocabulários, traduções, obras poliglotas, impressos e manuscritos
– Relatos e representações: relatos de encontro com a língua, de aprendizagem dessa língua, representações do poliglota, representações da língua
A participação está aberta a jovens investigadores. As despesas de viagem até Grenoble serão parcialmente cobertas.
As propostas de comunicação em francês, inglês e português, com duração de 25 minutos, devem ser enviadas conjuntamente para clemence.jaime@univ-grenoble-alpes.fr e mathilde.alain@univ-grenoble-alpes.fr antes de 15 de março de 2026. O evento terá lugar no dia 25 de setembro de 2026 no campus da Universidade Grenoble Alpes.
Está prevista a publicação dos trabalhos.
Evento organizado com o apoio do projeto ANR Ethiokongrome, que estuda as conexões entre os reinos cristãos da Etiópia e do Congo com Roma, bem como o apoio das UMR Litt&Arts, LUHCIE (UGA) e IHRIM (Universidade Jean Moulin Lyon 3).
Comité científico:
Olivia Adankpo-Labadie (Université Grenoble Alpes, LUHCIE, ANR Ethiokongrome)
Mathilde Alain (Université Grenoble Alpes, LUHCIE, ANR Ethiokongrome)
Yasmine Atlas (Université de Genève)
Clémence Jaime (Université Grenoble Alpes, Litt&Arts – IHRIM Lyon 3)
Bibliografia seletiva
Adankpo-Labadie, Olivia, ‘Imprimer des livres en éthiopien au XVIe siècle : expérimentations et transmissions des savoirs dans la Rome humaniste’, Revue d’histoire moderne & contemporaine 72-4 (2026), pp. 101-128.
Boccadama, Giuliana, ‘’Mori negri’ a Napoli tra 16. e 17. secolo : appendice documentaria’, Il chiaro e lo scuro : gli africani nell’Europa del Rinascimento tra realtà e rappresentazione, Lecce, Argo, 2021.
Cyffer, Norbert, « Il kanuri : una lingua in costante cambiamento storico e sociale », Il chiaro e lo scuro : gli africani nell’Europa del Rinascimento tra realtà e rappresentazione, Lecce, Argo, 2021.
Duret, Claude, Thrésor de l’histoire des langues de cest univers, Cologny, Matthieu Berjon, 1613.
Kelly, Samantha, Translating Faith. Ethiopian Pilgrims in Renaissance Rome, Cambridge (Massachusetts) et Londres (Angleterre), Harvard University Press, 2024.
Fernandes, Gonçalo, ‘Primeiras Descrições das línguas africanas em língua portuguesa’, Confluência 49-2 (2015), pp. 43-67.
Macedo, José Rivair, ‘Escrita e conversão na África central do século XVII: o catecismo kikongo de 1624’, História Revista (UFG), vol. 18 nº1 (2013). Available online: https://revistas.ufg.br/historia/article/view/29843.
Picherot, Emilie, Les musulmans d’Espagne dans les littératures arabe, espagnole et française : XVe-XVIIe siècles, Paris, Classiques Garnier, 2019.
Salvadore, Matteo, James De Lorenzi et Deresse Ayenachew Woldetsadik (éds), The Many Lives of Täsfa Ṣeyon, Cambridge, Cambridge University Press, 2024.
Salvatore, Gianfranco, ‘Il contributo della lingua kanuri alla storia delle canzoni moresche’, Il chiaro e lo scuro : gli africani nell’Europa del Rinascimento tra realtà e rappresentazione, Lecce, Argo, 2021.
Zemon-Davis, Natalie, Trickster Travels: A Sixteenth-century Muslim Between Worlds, Londres, Faber and Faber, 2007 (first edition 2006).
