Comment lutter contre la nocivite du travail ? Le concept de « nocivité » provient des re flexions politiques et syndicales italiennes de la seconde moitie du XXe me sie cle : il de signe les effets de le te res du travail a la fois sur la sante et sur l’environnement (Feltrin, Sacchetto, 2021) et permet d’articuler ces deux enjeux. L’objectif du colloque est d’explorer la cre ativite sociale dont te moignent les conflits mene s par les travailleurs.euses pour lutter contre les effets sanitaires et environnementaux ne fastes des activite s de production et de reproduction.
En renforçant le dialogue entre les e tudes sur les « environnementalismes des pauvres » (Martinez-Alier, 2003, 2023) et les re cents travaux sur l’environnementalisme ouvrier (Barca, 2015 ; Be cot, 2015 ; Davigo, 2017 ; Thirion, 2024), nous souhaitons mettre en lumie re la création de savoirs et de pratiques mues par ces enjeux de la part des groupes sociaux qui sont en premie re ligne face aux dommages cause s par le travail. Les e tudes de ja mene es se concentrent principalement sur les pays d’ancienne industrialisation, et sur les de cennies d’apre s-guerre. Afin de prolonger ces perspectives, ce colloque proposera une double ouverture :
- géographique, vers des territoires dont l’industrialisation est plus re cente et ou les re pertoires d’action peuvent e tre moins articule s aux traditions des mouvements ouvriers ;
- chronologique, non seulement pour comprendre les temporalite s plus longues de certaines luttes, mais aussi pour porter l’attention vers des se quences historiques encore peu e tudie es, ainsi de l’entre-deux-guerres ou des de cennies de de
A travers des perspectives pluridisciplinaires (historiques, sociologiques, ge ographiques, anthropologiques, e pide miologiques, me dicales…), il s’agira d’interroger la variété des mobilisations tout en re fle chissant aux forces et aux limites des formes employe es. A l’heure ou les politiques environnementales tendent a une « de possession e cologique des classes populaires », il s’agira non seulement de comprendre quelles configurations socio-e cologiques furent propices aux luttes contre la nocivite , d’e clairer par quelles modalite s les actrices et acteurs de ces mobilisations compose rent avec les obstacles et contraintes qui leur furent oppose s, mais aussi de souligner que ces actions contre la nocivite restent une composante actuelle – et souvent ne glige e – de la condition e cologique des classes sociales (Collectif Classes Vertes, 2024).
Le travail est entendu au sens large : nous souhaitons prendre en conside ration les mobilisations qui se sont organise es et s’organisent dans les secteurs faisant l’objet d’une re mune ration, incluant le travail productif (agriculture, industrie…) et les services (transports, administration, secteur du care…), mais e galement dans le travail reproductif, recouvrant un ensemble d’activite s (mate rielles comme la subsistance, e motionnelles et lie es au care, ou relevant de l’e ducation) qui font rarement l’objet d’une re mune ration (Fortunati, 1982 ; Sarti, Bellavitis, Martini, 2018 ; Barca, 2020 ; Gallot, Harari-Kermadec, 2024). Cette de finition du travail doit permettre de comprendre comment les alertes sur la nocivite peuvent se cristalliser dans certaines activite s de travail, et de mieux caracte riser les actrices et acteurs qui permettent la circulation des alertes entre ces diffe rentes sphe res du travail.
Dans cette perspective, nous nous inte ressons e galement a la constitution de savoirs et de pratiques ayant permis de re inventer la médecine ouvrière, ainsi qu’aux mobilisations des scientifiques et des me decins visant a de fendre la sante au travail et la sante environnementale (Marri, Oddone, 1967 ; Oddone, 1974, 1978 ; Laure Pitti, 2009 ; Marichalar, Pitti, 2013 ; Centemeri, 2022).
Nous invitons ainsi les chercheurs.es de toutes disciplines a soumettre des contributions originales portant sur des cas concrets de mobilisation afin d’ancrer la re flexion dans des territoires pre cis et donner chair aux re cits de luttes propose s. Les contributions devront s’appuyer sur un corpus documentaire varie (cartes, te moignages, documents, photographies, vide os, etc.), permettant d’articuler analyse et mate rialite des mobilisations. L’objectif de cet appel est de constituer une e quipe de recherche pluridisciplinaire en vue d’un projet d’atlas mondial des mobilisations des travailleur·euse·s autour des enjeux de santé et d’environnement, visant a cartographier, contextualiser et documenter ces conflits a l’e chelle globale.
Nous encourageons ainsi vivement la soumission de propositions portant sur des contextes non occidentaux. Ces approches, encore peu repre sente es dans les recherches sur les mobilisations autour de la sante et de l’environnement au travail, constituent un apport essentiel pour e largir les cadres d’analyse, mettre en e vidence la pluralite des expe riences collectives et de nourrir une re flexion ve ritablement globale sur les rapports entre travail, sante et environnement.
La question de la mate rialite des luttes va de pair avec celle de la matérialité des sources mobilise es pour reconstruire l’histoire et les enjeux des conflits sur la sante et l’environnement dans les mondes du travail. En France, la fin des Comite s d’hygie ne, de se curite et des conditions de travail de cre te e par ordonnance en 2017 pose, entre autres choses, la question du devenir et de la conservation de leurs pre cieuses archives. Le recours croissant des chercheuses et chercheurs aux sources nume rise es (comme celles du Centro ricerche e documentazione rischi e danni da lavoro en Italie) te moigne d’une transformation majeure de l’acce s aux archives. Mais le statut des archives digitales, la pe rennite des projets de nume risation et plus ge ne ralement le futur d’une recherche historiographique conduite a composer avec des sources de moins en moins mate rielles, constituent des motifs de pre occupations pour les chercheurs. Bien que le colloque ne se focalise pas strictement sur le the me des archives, nous proposons aux participant.e.s de prendre en compte ces questions dans leurs re flexions.
Au-dela des communications acade miques, il est e galement possible de proposer d’autres types de formats qui seront particulièrement les bienvenus : entretiens entre chercheur.euse.s et militant.e.s, pre sentation de luttes passe es ou en cours par des militant.e.s ou des repre sentante.e.s d’association…
Diffe rentes pistes guideront nos re flexions :
- Former le collectif : Qui sont les acteurs et les actrices de ces mobilisations ? Quelle forme prend le groupe contestataire ? Quels sont ses liens avec les collectifs de ja existants ? Les collectifs sont-ils e phe me res ? Durables ? Re active s uniquement lors des luttes ? Comment se structurent ces groupes et comment fonctionnent-ils ? Quels liens ont-ils avec d’autres collectifs ou d’autres figures professionnelles (me decins, avocats…) ?
- Produire contre-expertise et contre-information : Comment se construisent les savoirs sur la sante et l’environnement de la part des acteurs et actrices mobilise .es ? Comment s’effectue la diffusion de ces savoirs ? Quels effets produit-elle ? Qui sont les cibles de la sensibilisation (autres travailleurs.euses, habitant.es des alentours, opinion publique, etc.) ?
- Mobiliser les répertoires d’action : Comment se mate rialisent les mobilisations ? Comment ces pratiques de lutte se transforment-elles dans le temps ? Quels effets produisent-elles ? Quels imaginaires sont convoque s ?
- Construire une fierté de classe : a travers quels instruments se construit l’identite socio-professionnelle de celles et ceux qui participent aux mobilisations ? Comment la perception sociale de leur propre ro le de travailleuses et de travailleurs se transforme-t-elle au cours des conflits ? Quelles formes d’engagement se sont oppose es a la violence du chantage a l’emploi ?
- Engager le(s) territoire(s) : Comment sont pense s les impacts du travail sur l’environnement ? Comment les mobilisations s’inscrivent-elle dans le(s) territoire(s) ? Dans quelles e chelles s’inscrivent-elles ? Comment et par quelles actrices ou acteurs se construisent des circulations de pratiques militantes entre ces territoires ?
- Déjouer le greenbacklash : Lorsque ces mobilisations rencontrent des oppositions fortes, voire des formes de re pression, ou encore lorsque des organisations ou institutions qui avaient e te des are nes de mobilisation face a la nocivite sont liquide es, comment se re organisent les actrices et acteurs implique s sur ces enjeux ? Comment leurs objectifs revendicatifs sont-ils re oriente s ? Quels types d’action naissent dans ces configurations ? Dans la mesure ou cette re action repose souvent sur la volonte de produire un silence sur l’histoire de ces mobilisations, quelles de marches sont porte es par les actrices et acteurs de ces luttes pour maintenir la visibilite de leurs causes ?
Ce colloque se tiendra au moment du cinquantenaire d’un colloque de die au the me de la responsabilité dans les accidents et maladies du travail, organise a Grenoble par la CGT, la CFDT et le Syndicat de la magistrature (31 janvier – 1er fe vrier 1976). Survenu dans un contexte de de bats intenses autour de la le gislation en la matie re, cet e ve nement a constitue un moment marquant. Alors que les enjeux de contaminations professionnelles et environnementales restent l’objet de controverses re currentes et de luttes socio-e cologiques, ce colloque de die aux luttes mene es contre la nocivite sera ouvert a l’ensemble des professionnels de sante , aux actrices et acteurs de la pre vention, mais aussi aux militant.es associatifs ou syndicaux, qui souhaiteront y assister.
Les langues du colloque seront le français, l’anglais, l’italien et l’espagnol.
Les propositions de chercheur.e.s non titulaires sont particulierement bienvenues.
Le colloque aura lieu en présentiel.
La proposition est a envoyer a luttercontrelanocivite@gmail.com et elle comprendra :
– Un titre, Un résumé de la communication indiquant les sources étudiées (300-500 mots)
– Une présentation bio-bibliographique (150 mots)
Envoyer en format PDF, en un seul fichier, l’ensemble des e lements (proposition et biographie dans le meme fichier).
Date limite de depot : 30 avril 2026
Date de communication de l’acceptation ou du rejet des propositions : avant le de but de l’ete
Le comite d’organisation ne peut pas garantir la prise en charge de l’ensemble des transports pour les intervenant.e.s. Nous vous invitons a nous faire part de vos eventuels besoins, auxquels nous pourrons re pondre en fonction des soutiens financiers disponibles
Comité d’organisation
- Estelle Amilien (UGA, ILCEA4)
- Renaud Be cot (SciencePo Grenoble, Pacte)
- Elisa Santalena (UGA, LUHCIE)
- Marie Thirion (UGA, LUHCIE)
Comité scientifique
- Mikae l Chambru (MCF en sciences sociales, UGA)
- Emilie Counil (Charge e de recherche en e pide miologie a l’INED)
- Marie Ghis Malfilatre (Charge e de recherche en sociologie, CNRS, Pacte)
- Emanuele Leonardi (MCF en sociologie, Universita di Bologna)
- Judith Rainhorn (PR en histoire sociale contemporaine, Universite Paris 1 Panthe on Sorbonne)
- Nicolas Renahy (chercheur au Centre d’e conomie et de sociologie applique es a l’agriculture et aux espaces ruraux – CESAER, INRAE-Institut Agro Dijon)
- Amalia Rossi (Fellow Researcher at THE NEW INSTITUTE – Center for Environmental Humanities (NICHE))
- Dr Borhane Slama (Onco-He matologue, Chef de pole de Cance rologie Publique de Territoire, Pre sident de la Commission Me dicale du Groupement 84)
- Bruno Strasser (PR en histoire des sciences et de la me decine, Universite de Gene ve)
- Gilda Zazzara (MCF en histoire contemporaine, Universita Ca’ Foscari, Venezia)
