Ecrire ou photographier

Écrire ou photographier. Flaubert et Du Camp en Égypte

Sylvain Venayre

Sylvain Venayre saisit l’occasion de réfléchir au rapport du texte et des images, de l’art de la description des lieux face à l’art de les représenter visuellement, par l’approche des relations entre deux grands artistes du XIXe siècle : Gustave Flaubert et Maxime Du Camp.

Écrire ou photographier ? La question est d’une étonnante modernité. Mais elle n’est pas nouvelle et elle accompagne l’histoire de l’édition. Sylvain Venayre saisit l’occasion de réfléchir au rapport du texte et des images, de l’art de la description des lieux face à l’art de les représenter visuellement, par l’approche des relations entre deux grands artistes du XIXe siècle : Gustave Flaubert et Maxime Du Camp. Ces deux-là sont âgés de 27 ans, en ce milieu du siècle, quand ils entreprennent de partir en voyage : destination l’Égypte et le Moyen Orient. C’est une destination toute trouvée dans un contexte favorable aux voyages et aux expéditions.
La France a découvert l’Égypte avec l’expédition de Bonaparte (1798-1801), l’égyptologie avec Jean-François Champollion et de nouveaux accès avec l’entrepreneur Ferdinand de Lesseps. L’« égyptomanie » s’inscrit durablement dans le paysage culturel du nouvel empire aussi bien dans les œuvres de l’esprit que dans les monuments. Il importe donc d’enrichir la documentation scientifique et architecturale, de s’intéresser aux usages et aux mœurs des populations et des nouvelles contrées à coloniser et surtout d’apporter des preuves et des images fiables de ces « ailleurs » pleins de promesses de profit. Celles-ci vont se multiplier jusque dans les années 1930 sur toutes sortes de supports imprimés.
Ce milieu du siècle de l’industrie est marqué par l’exotisme, la conquête de nouveaux passages et de nouvelles terres. L’Orient est à la mode. À ce moment d’apogée du romantisme, la littérature s’est « orientalisée » avec le goût de l’ailleurs, du voyage, sous l’influence des écrits de Byron, Chateaubriand et Lamartine, qui auront aussi de l’influence sur Flaubert, Du Camp ou Nerval. C’est une époque charnière d’une histoire « contemporaine » avec l’ouverture des temps « modernes » et le développement du goût pour la science et la technique en liaison avec l’industrialisation de l’Occident. C’est notamment le début d’un cycle d’inventions de ce nouvel art de la représentation qu’est la photographie.

Dix-neuvièmiste éclairé, historien du voyage, lecteur et rassembleur assidu de toutes sortes d’archives et de sources d’histoire culturelle, Sylvain Venayre suit ici de près les deux protagonistes qu’il nomme familièrement « Gustave » et « Maxime » dans leur voyage en Orient et ses conséquences sur la perception qu’ils ont respectivement de l’écriture et de la photographie. Ce débat engagé entre eux en amont de ce voyage par la publication des travaux de Maxime se poursuivra plus tard comme en atteste, dans la correspondance de Flaubert, ses partis pris et ses refus de l’illustration pour ses romans, notamment Salammbô.
Le choix s’est porté ici, dans ce petit ouvrage, sur une relecture à la fois textuelle (avec des extraits de la correspondance de Flaubert) et visuelle (avec une vingtaine de photographies choisies de Du Camp) de ce moment clé d’une expérience de terrain propice à une philosophie des usages de l’image.

Année : 2020

Editions : Creaphis