Appel à communication : Dictionnaires de musique et encyclopédies musicales

Colloque international

Dictionnaires de musique et encyclopédies musicales en langue française, de Brossard à Lavignac (1703-1931) : fabriques, acteurs, réseaux et circulations

 

Organisé par le Palazzetto Bru Zane, la Bibliothèque musicale La Grange-Fleuret – Fondation Royaumont, l’Université Grenoble Alpes (LUHCIE), et l’Université Jean Monnet – Saint-Étienne (IHRIM)

Bibliothèque La Grange-Fleuret, Paris, 25 & 26 mars 2027

L’étude des dictionnaires, des encyclopédies et des formes de savoirs qui leur sont associées constitue aujourd’hui un champ de recherche solidement établi, au croisement de la lexicographie, de la métalexicographie, de l’histoire intellectuelle, de l’histoire des savoirs et de l’histoire du livre. Les travaux consacrés aux traditions dictionnairiques françaises, aux formes encyclopédiques modernes et aux transformations des régimes de définition, de classement et de vulgarisation ont considérablement renouvelé notre compréhension de ces objets.

En revanche, l’historiographie demeure dispersée dans le champ musical. Des ouvrages ou corpus précis ont certes fait l’objet d’études importantes — en particulier l’Encyclopédie de Diderot, d’Alembert et Jaucourt (Cernuschi, 2000 ; ENCCRE), le Dictionnaire de musique de Rousseau (Reibel, 2016), les deux tomes de l’Encyclopédie méthodique (Ramaut et Carenco, 2018), les entreprises musicographiques de Fétis (Campos, 2013) et de Choron (Simms, 1978), ou encore certaines recherches sur le lexique musical médiéval et renaissant —, mais les dictionnaires de musique et encyclopédies musicales publiés en France n’ont encore été que rarement envisagés, sur la longue durée, comme un corpus cohérent de pratiques savantes, éditoriales et intellectuelles. Entre étude d’un auteur, analyse ponctuelle d’un ouvrage, histoire des idées musicales, histoire des disciplines et histoire des médiations éditoriales, le champ reste encore largement à structurer.

Or un tel objet gagne à être abordé dans une perspective attentive non seulement aux contenus, mais aussi à leurs formes, aux supports, aux dispositifs éditoriaux, à leurs modalités de circulation et à leurs appropriations respectives. On sait désormais, depuis les travaux de Roger Chartier et de ses prédécesseurs, qu’on ne peut dissocier la textualité d’une œuvre de sa matérialité, ni l’histoire des textes de celle des usages et des lectures qui les font exister. Appliquée aux dictionnaires de musique, une telle approche conduit à ne plus les considérer comme de simples réservoirs d’informations, mais comme des technologies de savoir : des instruments de découpage, de hiérarchisation, d’ordonnancement et de transmission des savoirs musicaux.

Le présent colloque se propose de contribuer à cette histoire. Il entend étudier les dictionnaires de musique et encyclopédies musicales en France entre deux jalons majeurs : le Dictionnaire de musique (1703) de Sébastien de Brossard et l’achèvement, en 1931, de l’Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire dirigée par Albert Lavignac puis Lionel de La Laurencie. Ce vaste arc chronologique permet d’interroger à la fois l’émergence d’une langue technique, les déplacements de la forme dictionnairique, la spécialisation progressive des savoirs musicaux, la multiplication des lectorats et l’évolution des médiations savantes, pédagogiques et éditoriales.

Le présent colloque est centré sur l’espace francophone, entendu à la fois comme espace de publication, de circulation, de traduction, d’appropriation et de légitimation. Seront donc privilégiées les propositions de communication portant sur des dictionnaires et encyclopédies musicales publiés en français, ou insérés dans l’espace savant, pédagogique, critique et éditorial de langue française. Les comparaisons avec d’autres aires linguistiques ou culturelles seront bienvenues dès lors qu’elles permettront d’éclairer plus précisément les dynamiques françaises (transferts de modèles, traductions, adaptations, refontes, emprunts, importations de nomenclatures, circulation de catégories ou de procédures éditoriales). L’enjeu n’est pas seulement de dresser un inventaire d’ouvrages, ni de reconduire une approche strictement canonique limitée à quelques titres célèbres. Il s’agit aussi de restituer la diversité des formes lexicographiques par lesquelles la musique a été pensée, nommée, décrite, classée, historicisée et rendue intelligible : dictionnaires de termes, dictionnaires biographiques, dictionnaires mixtes, encyclopédies musicales, ouvrages spécialisés, dictionnaires bilingues, dictionnaires thématiques, compilations, entreprises d’auteur, travaux collectifs, ouvrages destinés à l’enseignement, à la critique, à la pratique, à l’érudition ou à la vulgarisation.

Le colloque souhaite, en ce sens, favoriser un dialogue entre disciplines. Les propositions relevant de la musicologie y trouveront naturellement place, mais l’appel s’adresse tout autant aux spécialistes de l’histoire du livre et de l’édition, de la lexicographie et de la métalexicographie, des études littéraires, de l’histoire intellectuelle, de l’histoire culturelle, de l’histoire des sciences humaines, de l’histoire de l’enseignement, de la sociologie des médiations savantes, ainsi qu’aux chercheurs et chercheuses en humanités numériques. Une telle ouverture paraît indispensable pour saisir des objets qui relèvent à la fois de l’histoire des textes, des pratiques savantes, des formes éditoriales et des usages sociaux du savoir.

 

Axes de réflexion

Les propositions pourront s’inscrire, sans exclusivité, dans les axes suivants :

Formes lexicographiques et typologie des objets

On pourra s’intéresser à la diversité des formes lexicographiques : dictionnaires de termes, dictionnaires biographiques, dictionnaires mixtes, encyclopédies musicales, lexiques spécialisés, dictionnaires bilingues, répertoires thématiques, ouvrages régionaux, confessionnels, théâtraux, lyriques, organologiques ou professionnels. Il sera également possible d’interroger les frontières entre dictionnaire, encyclopédie, manuel, bibliothèque raisonnée, lexique, somme historique, répertoire ou instrument pédagogique.

Nommer, définir, classer : taxinomies du musical

Cet axe concernera les opérations intellectuelles par lesquelles les dictionnaires et encyclopédies organisent la matière musicale : constitution des nomenclatures, définitions des termes, hiérarchisation des genres et des formes, catégories esthétiques et historiques, articulation entre théorie et pratique, entre ancien et moderne, entre savoir savant et savoir d’usage.

Fabrique des ouvrages : auteurs, collectifs, ateliers éditoriaux

Les propositions pourront porter sur les profils des auteurs, rédacteurs, collaborateurs, traducteurs, compilateurs, correcteurs, éditeurs, imprimeurs ou graveurs ; sur les différences entre dictionnaire d’auteur et entreprise collective ; sur les formes de signature, d’anonymat, de délégation ; sur la division du travail intellectuel et matériel dans les grandes entreprises encyclopédiques et dictionnaires académiques. Il sera également bienvenu d’investir la question de la fabrication concrète des textes (calendrier, documentation, répartition des tâches, remaniements successifs).

Compilation, emprunt, traduction, réécriture

Une attention particulière sera portée à la génétique des ouvrages et aux filiations textuelles : reprises d’articles, citations, compilations déclarées ou dissimulées, adaptations, refontes, remaniements, traductions, augmentations, réemplois d’un dictionnaire à l’autre. Les généalogies textuelles, les dépendances documentaires et les circuits de transfert constituent un terrain particulièrement fécond pour l’analyse de ces corpus. Les cas de Rousseau, de l’Encyclopédie méthodique, de Castil-Blaze, des traductions des dictionnaires de Lichtenthal ou de Riemann, entre autres, pourront nourrir ce type d’approche.

Matérialité, édition, économie

On pourra examiner les dictionnaires comme objets éditoriaux, en les renvoyant à leurs formes matérielles : formats, volumes, organisation typographique, tables, index, planches, exemples notés, prix, souscriptions, collections, villes d’édition, stratégies des maisons d’édition, rééditions, augmentations, formes de publicité et circuits de diffusion. Il s’agira de replacer ces ouvrages dans l’économie concrète du livre savant, pédagogique ou de vulgarisation.

Publics, usages, appropriations

Cet axe portera sur les lectorats visés ou atteints : amateurs, professionnels, enseignants, élèves, critiques, érudits, musiciens d’église, hommes de théâtre, bibliothécaires, dilettantes. On pourra s’interroger sur les usages pédagogiques, critiques, professionnels, savants ou mondains de ces ouvrages, ainsi que sur les manières dont ils sont cités, consultés, détournés, discutés ou transmis. Les tensions entre ouvrage pour amateurs et ouvrage pour savants, déjà formulées au XIXe siècle, pourront faire l’objet d’analyses particulières.

Dictionnaires et institutions

Les relations entre lexicographie musicale et institutions pourront être explorées : conservatoires, académies, sociétés savantes, presse spécialisée, enseignement, bibliothèques, monde théâtral, administration des beaux-arts, entreprises encyclopédiques généralistes. Il s’agira d’éclairer la place du dictionnaire dans les processus de normalisation, d’autorisation et de professionnalisation du savoir musical, ainsi que dans les carrières institutionnelles de leurs auteurs.

Domaines spécialisés et objets marginaux

Le colloque souhaite également accueillir des travaux sur des objets moins fréquentés : dictionnaires liturgiques, organologiques, lyriques, théâtraux, humoristiques, bilingues, consacrés à un compositeur, à une aire culturelle, à un secteur de pratique ou à un usage professionnel particulier. L’examen de ces corpus permettra de mieux comprendre la spécialisation et la différenciation progressive des savoirs musicaux.

Réception, fortune, postérités

Les propositions pourront enfin porter sur la réception critique des dictionnaires et encyclopédies musicales, leur autorité durable ou contestée, leurs usages par les musicographes, les musicologues, les interprètes, les pédagogues ou les bibliophiles, ainsi que sur leur postérité scientifique, patrimoniale et éditoriale jusqu’à l’époque contemporaine.

 

Modalités de soumission

Les propositions de communication sont à envoyer conjointement à matthieu.cailliez@univ-st-etienne.fr, hcornilleau@bru-zane.com et marie.demeilliez@univ-grenoble-alpes.fr

avant le 20 septembre 2026

et devront comporter :

  • un titre ;
  • un résumé de 500 mots ;
  • une notice bio-bibliographique de 100 à 150 mots ;
  • l’affiliation institutionnelle.

Les réponses du comité scientifique seront communiquées au plus tard le 1er décembre 2026.

Les langues du colloque seront le français et l’anglais.

 

Comité d’organisation

Matthieu Cailliez (Université Jean Monnet – Saint-Étienne – IHRIM), Hector Cornilleau (Palazzetto Bru Zane – EHESS), Marie Demeilliez (Université Grenoble Alpes – LUHCIE), Thomas Vernet (Bibliothèque musicale La Grange-Fleuret – Fondation Royaumont)

Comité scientifique

Matthieu Cailliez (Université Jean Monnet – Saint-Étienne – IHRIM)

Rémy Campos (Conservatoire national supérieur de musique de Paris – HEM/HES-SO)

Céline Carenco (Université Lumière-Lyon 2 – IHRIM)

Alain Cernuschi (Université de Lausanne, ENCCRE)

Hector Cornilleau (Palazzetto Bru Zane – EHESS)

Marie Demeilliez (Université Grenoble Alpes – LUHCIE)

Étienne Jardin (Palazzetto Bru Zane)

Raphaëlle Legrand (Sorbonne Université – IReMus)

Christophe Rey (CY Cergy Paris Université – LT2D)

Thomas Vernet (Bibliothèque musicale La Grange-Fleuret – Fondation Royaumont)

 

Bibliographie indicative et corpus non limitatif