PROGRAMMES DE RECHERCHE EN COURS AU LUHCIE

 

 

 

 

 

 

 

Administrer l’étranger. Mobilités, diplomaties et hospitalité, Italie – Europe (XIVe-mi XIXe siècle)

Résumé du projet

L’étranger comme objet de pensée, comme hôte accueilli ou refoulé, enfin comme acteur vivant une expérience sociale, juridique et politique, tels sont les trois points que ce projet se propose d’éclairer en enquêtant sur les mobilités et leur prise en charge institutionnelle et diplomatique dans un espace qui associe l’Italie à son contexte européen, en particulier à la France et aux mondes hispanique et germanique. On s’intéresse à la construction de l’étranger entre le XIVe siècle et le milieu du XIXe siècle du point de vue des institutions religieuses, politiques, économiques ou savantes, dans une perspective locale, nationale et transnationale autant que du point de vue des personnes en déplacement, étudiées comme individus, groupes constitués ou communautés imaginées.

Normes, discours et représentations de l’hospitalité Les normes religieuses, juridiques ou théoriques de l’hospitalité y sont envisagées en partant des problèmes d’appellation. On entend questionner les modalités d’enregistrement, de légitimation, de surveillance et d’intégration des étrangers, migrants, voyageurs, émigrés, réfugiés ou encore exilés religieux, de la part des différentes instances administratives ainsi que des organes diplomatiques et consulaires, dans un contexte où les normes et les formes de l’hospitalité connaissent une profonde mutation.

Pratiques de l’accueil : aider, contrôler, rejeter Le passage de l’hospitalité « philanthropique » à l’encadrement juridique et administratif des personnes mobiles est examiné en prenant comme point d’observation les institutions des pays d’accueil ainsi que les réseaux diplomatiques et consulaires. On se demande comment furent contrôlées et traitées ces personnes, quels furent les lieux dédiés à l’hospitalité, quelles sociabilités notamment politiques se créèrent dans les villes. On s’intéresse aux pratiques de l’accueil dans le cadre de l’activité diplomatique comme aux prises en charge par d’autres structures, des confréries aux hospices, de la recommandation aux subsides, de la constitution de quartiers nationaux aux dépôts.

Groupes et individus en mouvement : expériences de la mobilité Un dernier volet de l’enquête prévoit d’examiner la manière dont les personnes mobiles vivent cet état, comment elles le perçoivent et s’informent des modalités de circulation, le comprennent, le subissent ou le subvertissent. On sera attentifs, sous cet angle, à établir une typologie fine selon les catégories d’individus: catégories sociales (des indigents aux élites), catégories politiques (exilés politiques, émigrés…) mais aussi catégories « professionnelles » (mobilités scientifiques, artistiques, commerciales…).

Ce projet inscrit dans le plan quinquennal de l’EFR est piloté par sept chercheurs des Universités Grenoble Alpes (LUHCIE), Paris Est Créteil Val de Marne (CRHEC) et Paris Panthéon Sorbonne (IHMC) : Gilles Bertrand, Catherine Brice, Naïma Ghermani, Virginie Martin, Gilles Montègre, Ilaria Taddei, Sylvain Venayre. Il se fonde sur les collaborations avec des Universités italiennes et espagnoles (Complutense de Madrid, Naples Federico II, Naples Suor Orsola Benincasa, Sienne, Venise Ca’Foscari…) et des institutions de recherche à l’étranger soutenues par leurs gouvernements (Institut Historique Allemand, Casa de Velasquez).

Le calendrier des rencontres et séminaires vise à construire une série d’étapes qui conduiront à l’élaboration de publications intermédiaires et d’un ouvrage final consacré à La fabrique de l’étranger. A ce jour la programmation s’organise comme suit :

2017 

Grenoble, le 27 janvier 2017, « Administrer l’étranger, XIVe-XIXe siècle » 

Naples Federico II, les 30-31 octobre 2017, « Stranieri : controllo e integrazione nella Penisola italiana, sec. XVII-XIX » 

Rome Ecole française, les 30 novembre-1er décembre 2017, « Hospitalité de l’étranger, XIVe-XVIIe siècle : entre charité, contrôle et utilité sociale. Italie Europe« 

2018

Paris Est Créteilles 27 et 28 juin 2018, « Administrer l’exil. Europe, XIVe-XIXe siècle« 

Paris Institut historique Allemand, les 12-14 décembre 2018, « Une diplomatie des mobilités. La gestion et le contrôle des « étrangers » par les agents diplomatiques (XVIe-XIXe siècle) » (Appel à contributions)

2019

Venise Ca’ Foscari, les 28-29 mars 2019 (date à confirmer), « De l’asile de la liberté au droit d’asile, Italie, Europe, XIVe-XIXe siècle »

Madrid Complutense, novembre 2019 (date à confirmer),  « La diplomatie culturelle : normes et pratiques de la gestion des mobilités artistiques, littéraires et savantes (Italie, Péninsule Ibérique, Europe, XVe-XIXe siècle) »

2020

Naples Suor Orsola Benincasa, Le patrie degli stranieri : tra estraneità e condivisione. Policentrismo e mobilità in Italia tra Medioevo e età moderna

Paris Panthéon Sorbonne, Exilés et émigrés. Recension et intégration, aspects administratifs et économiques. —> titre à changer en « Étranger choisi, contrôlé, exclu : le critère économique, XVIIe-XIXe siècle »

2021

(Grenoble UGA et Rome EFR) réunions de travail pour l’élaboration de l’ouvrage final.

Responsables : Gilles Bertrand, professeur, Université de Grenoble-Alpes, membre senior de l’Institut Universitaire de France (IUF) et membre du LUHCIE ; Catherine Brice, professeur, Université de Paris Est Créteil Val-de-Marne, rattachée au Centre de Recherche en histoire européenne comparée, membre senior de l’Institut Universitaire de France (IUF) ; Naïma Ghermani, maître de conférences, Université de Grenoble-Alpes, membre junior de l’Institut Universitaire de France (IUF) et et membre du LUHCIE ;  Virginie Martin, maître de conférences, Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne (IHMC / IHRF) ; Gilles Montègre, maître de conférences, Université de Grenoble-Alpes et membre du LUHCIE ; Ilaria Taddei, maître de conférences, Université de Grenoble-Alpes, affiliée au LUHCIE ; Sylvain Venayre, professeur, Université de Grenoble-Alpes et directeur du LUHCIE.

 

 Vaison et son territoire dans l’Antiquité

Ce projet comporte deux volets : un volet épigraphique (« PCR Vaison-la-Romaine et communes alentours. ILN, Vaison des Voconces. » N. Mathieu) et un volet archéologique (fouilles du forum de Vaison. C. Michel d’Annoville). L’action s’inscrit dans un projet collectif pluri-annuel autour de la publication des inscriptions latines de la cité de Vaison des Voconces dans l’Antiquité et autour des fouilles du forum de Vaison-la-Romaine.

Le volet épigraphique du projet s’inscrit dans une tradition épigraphique grenobloise ancienne et, selon les pratiques scientifiques contemporaines, prend en compte l’ensemble des monuments inscrits donc en collaboration avec archéologues, architectes, historiens de l’art. Le volet archéologique s’appuie sur les fouilles menées par J. -M. Mignon depuis trois ans à l’emplacement du forum antique de Vaison-la-Romaine (Vaucluse). Ces travaux ont une finalité scientifique. Ils ont aussi pour objectif de former les étudiants aux techniques de fouilles qui vont du dégagement lui-même, au relevé de terrain et à l’identification du matériel.

Pilotage : N. Mathieu

Objectif final

Publication du volume ILN, VII, 2, Voconces de Vaison (XLIVe suppl. à Gallia) qui prendra la suite du volume ILN, VII – 1, Voconces de Die, paru en 2012. Cette publication ne pourra pas être réalisée dans le seul temps du PCR dont le but est de faciliter la préparation technique de la publication (prospection, récolement, vérification sur place etc.). Le PCR soutient cet objectif préparatoire.

Les publications plus particulièrement archéologiques sont effectuées dans un autre cadre et avec d’autres soutiens.

Partenaires

UGA / Personnel enseignant de Grenoble, chercheurs ou doctorants – Caroline Michel d’Annoville, Pr Univ Paris IV – Nicolas Mathieu, professeur d’histoire romaine, UGA, Djamila Fellague, MCF, UGA – Bernard Rémy, professeur émérite d’histoire romaine, UGA – Marianne Béraud, doctorante, allocataire monitrice, histoire romaine – Yann Bonfand, doctorant.

Partenaires extérieurs à Grenoble, enseignants (partie prenante du programme de fouille ou de recherche sur les inscriptions)

Patrice Faure, maître de conférence (Université Lyon-3 – Jean Moulin) – Benoît Rossignol, Maître de conférence (Université Paris 1, Sorbonne) – DRAC PACA (Xavier Delestre, Directeur régional des affaires culturelles, Service régional de l’archéologie) – David Lavergne, Conservateur en chef du patrimoine, SRA (Département du Vaucluse) – Jean-Marc Mignon, archéologue (Service Départemental du patrimoine et de l’archéologie, Vaucluse) – INRAP (Vaucluse) – Joël-Claude Meffre, archéologue (Vaucluse, Vaison) – Personnels des services municipaux de Vaison-la-Romaine – Christine Bezin, Mélanie Bienfait, Julien Charles

Manifestations passées

25 octobre 2012 : 1er Séminaire Inscriptions latines de Narbonnaise. II. ILN Vaison des Voconces

24 avril 2014 : 2e séminaire Inscriptions latines de Narbonnaise. II. ILN Vaison des Voconces

22 avril 2015 : 3e séminaire Inscriptions latines de Narbonnaise. II. ILN Vaison des Voconces

14 avril 2016 : 4e séminaire Vaison et son territoire dans l’Antiquité

14 avril 2017 : 5e séminaire Vaison et son territoire dans l’Antiquité

13 avril 2018 : 6e ILN Vaison. Vaison et son territoire dans l’Antiquité

 

Patrimalp 2.0

Pilotage du projet : Laurence RIVIERE CIAVALDINI (LUHCIE) – Pauline MARTINETTO (NEEL Institut)

Projet sélectionné dans le cadre de l’appel « Cross Disciplinary Program » (CDP) – Session 2017
Development of an Integrated and Interdisciplinary Heritage Science

L’objet et le défi majeur de ce projet consistent à faire progresser notre approche et notre connaissance scientifiques du patrimoine culturel matériel afin d’en assurer la pérennité, la valorisation et la diffusion dans la société contemporaine. Patrimalp s’inscrit donc dans la politique promue par le conseil et le parlement européens de valorisation du patrimoine culturel en établissant pour la première fois en 2018 une Année européenne du patrimoine culturel qui, entre autres, a pour but « d’attirer l’attention… sur les défis auxquels il est confronté, notamment l’incidence du passage au numérique, les pressions environnementales et les contraintes physiques qui s’exercent sur les sites du patrimoine et le trafic des biens culturels.

Porté par des membres des laboratoires alliant des compétences en sciences humaines, géosciences, ingénierie numérique, sciences des matériaux en lien étroit avec les acteurs du patrimoine et de la vie culturelle, conservateurs et restaurateurs-conservateurs, Patrimalp 2.0 vise au développement d’une science interdisciplinaire nouvelle : la Science du patrimoine.

Télécharger le programme de la journée de lancement

Laboratoires impliqués
EDYTEM LIG LJKLUHCIE NEELArc Nucléart ESRF

Disciplines concernées par le projet :
  • SE3 Condensed matter physics
  • SE4 Physical and Analytical Chemical sciences
  • SE10 Earth system science
  • SE6 Computer science and informatics
  • SH3 Environment and society
  • SH6 The study of the human past
  • SH5 Cultures and cultural production

Du canal d’Otrante aux portes de fer – Atlas adriatico-danubien

Pilotage du projet : Francis Tassaux (Bordeaux III)

Partenaires : Marie-Claire Ferriès, (UGA, LUHCIE)

Manifestations : Durrës (Albanie) du 25 au 27 avril 2018

 

Communautés, statuts et territoires. Espaces et droit civique en Italie et dans les provinces africaines (IIe s. av. J.-C.-IIIe s. ap. J.-C.)

Pilotage du projet : Clément Chillet (UGA, LUHCIE), Marie-Claire Ferriès (UGA, LUHCIE),  Anne florence Baroni (Paris 1), Elsa Rocca (Montpellier).

Manifestations  :  Montpellier,  juin 2018
Rome,  novembre 2018 (dates à confirmer)

Le nouveau Broughton. Rédaction d’un nouveau Broughton des magistrats romains, des guerres civiles et des Principats d’Auguste

Pilotage du projet : Frédéric Hurlet (MAE Nanterre-IUF)

Partenaires : Marie-Claire Ferriès (UGA, LUHCIE)

Manifestations : Univ. de Paris Nanterre,  le 17 mars 2018

 

DigiFlor (Digital Edition of the Roman de Florimont)

Porteuse du projet: Marta Materni
Encadrante du projet: Elena Pierazzo

Partenaires du projet : logo Marie Curie actions

Résumé du projet

Le projet DigiFlor, financé par la Communauté Européenne avec une Marie Curie Individual Fellowship, propose avant tout la réalisation d’une édition numérique complexe, expressément conçue pour un texte très peu étudié du Moyen Âge français : le Roman de Florimont.

Il s’agit d’une œuvre en vers (environ 13.000), écrite par Aymon de Varennes en 1118, qui relate les aventures méditerranéennes, entre les rives de l’Europe et celles de l’Égypte, du grand-père d’Alexandre le Grand.

Publié une seule fois, dans les années 1930, en occasion d’une édition très critiquée à cause du choix de témoins qui a influencé de façon trompeuse les interprétations du texte, le Roman de Florimont présente donc le grande avantage de nous offrir un terrain d’étude presque vierge où l’on peut expérimenter sans le poids d’aucun préjugé hérité.

Qui plus est, ses caractéristiques (longueur contenue, variantes linguistiques très marquées et variantes rédactionnelles, existence de prosifications et de traductions) permettront de se confronter, dans un seul contexte, à la presque totalité des problématiques liées à la transmission d’un texte du Moyen Âge et donc à son édition. Le but du projet est donc de réfléchir à la façon d’aborder ces questions philologiques, tout en adoptant la perspective d’une approche numérique.

Le passage de l’édition-papier à l’édition-virtuelle permettra :

1) de réfléchir à la nature même de l’édition d’un texte et de proposer des alternatives au basculement classique entre édition sur témoin unique et édition critique ;

2) d’étendre les limites conceptuelles d’une édition jusqu’à inclure dans le même contexte soit les instruments d’analyses textuelles utiles à la création de lexiques, études statistiques etc. ; soit la visualisation du texte édité à côté des images des manuscrits, afin de rendre évident et explicite tout le travail qui conduit du parchemin à l’écran.

Méthodologie
Le projet sera l’occasion de tester sur une langue romane présentant des variantes graphiques/grammaticales très accentuées une série de logiciels open-source, développés dans le contexte académique et dédiés au traitement automatique et semi-automatique du texte et de l’édition scientifique. La base technique de l’édition sera le standard XML-TEI.

Retombées du projet
Les résultats de ce projet seront librement accessibles et diffusés principalement à travers : 1) un site Florimont présentant les images et les éditions et intégré au projet FonteGaia ; 2) un cahier de recherche Hypothèses. En 2019 la fin du projet sera couronnée par l’organisation d’une journée d’étude franco-italiennne au sein du laboratoire LUHCIE.

 

Atelier Morelli : traduction française et étude des Ricordi (1371-1444)

Pilotage : Élise Leclerc, Cécile Terreaux-Scotto, Serge Stolf

Ce projet, initié en novembre 2014, comporte deux volets : un volet traduction et un volet recherche.

Le projet est centré autour de la traduction du livre de famille rédigé par Giovanni di Pagolo Morelli entre 1393 et 1421. Non seulement les Ricordi de Morelli ont compté parmi les premiers livres de famille édités (1718), mais ils représentent également depuis lors l’écriture privée florentine dans de nombreuses anthologies de la littérature italienne destinées à un public italophone ou anglophone. Si des traductions partielles en langue anglaise ont contribué à faire connaître cette œuvre au-delà des frontières de la Péninsule, le public francophone n’a accès à ce jour qu’à un seul autre livre de famille florentin, celui de Bonaccorso Pitti (traduit sous la direction d’Adelin Charles Fiorato et publié aux Presses du CNRS en 1991).

Or le livre de ricordi de Morelli explore presque toutes les voies empruntées ponctuellement par les pères de famille dans leurs écritures privées, de la généalogie à la chronique citadine, en passant par tous les conseils pouvant être utiles à la bonne gestion des affaires familiales. Traduire Morelli, c’est donc ouvrir au public francophone une exceptionnelle fenêtre sur la culture florentine de l’orée du Quattrocento.

Par ailleurs, les spécificités de l’écriture privée de l’époque, qui rendent ces textes difficiles d’accès, méritent d’être considérées comme un objet de recherche à part entière. À une époque où la langue vulgaire est en cours de formalisation dans les domaines littéraires et au sein des institutions, on peut se demander dans quelle mesure les usages sémantiques et lexicaux étaient redevables de la langue latine ou bien des discours conçus dans les sphères officielles, littéraires, religieuses et économiques.

Pour tenter d’apporter des éléments de réponse, les séances de l’Atelier (3 par an) se déroulent en deux temps :

– la matinée est consacrée à la traduction de plusieurs pages des Ricordi. Le texte, travaillé en amont non seulement par un traducteur, mais aussi par deux relecteurs, est présenté à l’ensemble des membres de l’Atelier, de façon à discuter des points restés en suspens ou présentant des difficultés d’interprétation.

– l’après-midi permet une discussion sur les choix de traduction effectués par les membres de l’Atelier en matière de lexique. Il s’agit d’harmoniser les pratiques de traduction autour de choix communs, guidés par l’interprétation du texte et l’étude du contexte socio-politique et des pratiques d’écriture marchandes.

Les membres de l’Atelier disposent d’outils de travail communs : un carnet de recherche en ligne (morelli.hypotheses.org, ISSN 2496-6886) ainsi qu’un espace collaboratif sur la plateforme de services RENATER, dont l’accès est réservé aux membres de l’Atelier et où est, entre autres, élaboré collectivement un glossaire.

Partenaires : outre les trois membres du LUHCIE porteurs du projet, l’équipe de traducteurs est constituée de chercheurs appartenant à des laboratoires de recherche différents :

Laurent Baggioni, Triangle (UMR 5206), Université Lyon 3

Noémie Castagné, CEL (EA1663), Université Lyon 3

Maxime Castro, professeur de chaire supérieure, Nancy

Ismène Cotensin, CIRRI (EA3979), Université Lyon 3

Romain Descendre, Triangle (UMR 5206), ENS de Lyon

Jean-Claude Zancarini, Triangle (UMR 5206), ENS de Lyon

 

Historique des séances et présentation du projet dans le carnet de recherche « Atelier Morelli » sur Openedition.org

 

Fontegaia

Le projet Fonte Gaia réunit chercheurs et bibliothécaires souhaitant s’investir dans un réseau d’échange d’information et de débat d’idées autour de l’italianisme contemporain et international. Ensemble ils produisent, enrichissent, commentent et font évoluer Fonte Gaia, La Bibliothèque Numérique et Fonte Gaia Blog, un carnet de recherche coopératif créé sur la plateforme Hypothèses.

Fonte Gaia a été conçu dès les origines comme un projet ouvert aux contributions extérieures et aux partenariats, nationaux et internationaux, afin de créer une communauté ouverte et mouvante de chercheurs qui souhaitent échanger et enrichir les contenus produits, apporter leurs points de vue et leurs expériences. L’interaction avec l’outil et les contenus est le principe même de Fonte Gaia, de même que la fédération d’informations et de ressources.

Objet de recherche en même temps qu’outil, l’ensemble formé par les « objets numériques » développés dans le cadre du projet a pour vocation de proposer aux italianistes de tous les pays de devenir autant lecteurs que producteurs et commentateurs des éditions numériques et des articles.

Le cœur du projet consiste à développer une bibliothèque numérique de référence pour les italianistes.

La méthode est celle des Humanités numériques : lier et moissonner les contenus dispersés dans différentes bibliothèques numériques et réservoirs de données; sélectionner de nouveaux corpus sous la responsabilité d’un comité scientifique; numériser, commenter, enrichir les éditions numériques.

Partenaires

L’ Université Grenoble Alpes, le CADIST Langue, Littérature et Civilisation Italienne (SID UGA INP), MSH-Alpes

En décembre 2015, un accord de consortium européen portant le nom de CoBNIF (Consortium Bibliothèque Numérique Franco-Italienne) a été signé entre les universités Grenoble Alpes, l’Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle, l’Università degli Studi di Padova et Roma la Sapienza. L’accord est en cours de signature à L’Università Alma Mater Studiorum de Bologne.

 

L’art de la prédication au XVe siècle : efficacité rhétorique et figurative

Porteur du projet : Cécile Terreaux-Scotto, en collaboration avec Jean-Marc Rivière (Aix-Marseille Université)

Ce projet conçu en partenariat avec le CAER de l’Université d’Aix-Marseille, a comme objectif scientifique de créer et de développer un réseau européen de chercheurs spécialisés dans la prédication religieuse dans l’aire romane aux 15° et 16° siècles. Il prendra dans un premier temps la forme de deux journées d’études et d’une publication dans le numéro de Filigrana. Cahiers d’études italiennes de 2019.

Au cœur de l’ouvrage de Maria Giuseppina Muzzarelli publié en 2005 (Pescatori di uomini. Predicatori e piazze alla fine del Medioevo) se trouve l’analyse de la façon dont les prédicateurs employaient la parole, cet « instrument de communication capable de susciter l’adhésion ». Trois ans auparavant, Lina Bolzoni (La rete delle immagini. Predicazione in volgare dalle origini a Bernardino da Siena) s’était pour sa part intéressée à l’utilisation par les prédicateurs des images en tant que moyens de conviction. Inspiré par ces travaux, ce cycle de travail consacré à L’art de la prédication au XVe siècle vise à étudier la manière dont les instruments rhétoriques et les éléments relevant de la représentation, qu’elle soit visuelle ou mentale, s’interpénètrent dans les sermons, afin d’en mesurer les effets performatifs sur l’auditoire et de discerner les éventuelles mutations qu’engendre, sur les formes de dévotion, une telle interaction.

Performance oratoire, la prédication est avant tout un discours d’autorité : il s’agit pour le prédicateur de convaincre son auditoire, de le pousser à agir dans une direction déterminée à travers l’usage d’instruments primitivement liés au langage. Or, comme l’a montré Michael Baxandall (Painting and experience in Fifteenth Century Italy), l’introduction de la perspective au cours du XVe siècle a notablement modifié le processus de visualisation chez les spectateurs, donnant à la peinture un « sens moral » oublié par la suite et les familiarisant avec la construction d’une image, au sein de laquelle se déroule une historia, qui, dans sa structuration même, présente des similitudes avec l’analyse exégétique. Ainsi le discours du prédicateur se trouve-t-il inséré dans un appareil, celui de l’église, où, davantage qu’aux siècles précédents, il entre en résonnance – peut-être même, à l’occasion, en concurrence – avec un autre discours, celui du peintre. Dès lors, il est intéressant d’observer la manière dont ces deux modalités discursives se rencontrent, se mêlent, se heurtent ou, peut-être, s’ignorent dans les sermons des prédicateurs, mais aussi dans leur réception par les fidèles, selon un jeu complexe d’échos et de renvois qui travaille sur l’intellect, la mémoire, la perception sensorielle, les émotions et la volonté.

Une seconde caractéristique importante de la prédication au XVe siècle tient au rapport qu’elle entretient avec deux espaces distincts, dont la compatibilité ne va pas de soi, celui de l’église et celui de la cité. Si l’on prend en considération les deux figures majeures qui encadrent le siècle, le franciscain Bernardin de Sienne et le dominicain Jérôme Savonarole, on distingue chez eux une relation à l’espace public tout à fait différente. Ainsi, bien que le premier ait obtenu la réforme des statuts de Pérouse en 1425, son influence s’est cantonnée, pour l’essentiel, au domaine moral et spirituel. À l’inverse, Savonarole a pesé par sa prédication sur la vie publique florentine, jouant un rôle majeur dans la mise en place des réformes institutionnelles de novembre-décembre 1494. Or, si de nombreuses études ont fait le point sur les instruments utilisés par Bernardin dans ses sermons (l’exigence de clarté, exprimée par la fameuse formule « parlare chiarozzo chiarozzo », les références à la vie quotidienne, la gestuelle, le jeu sur le langage à travers les onomatopées, les répétitions, l’usage de sa tablette…), l’analyse « technique » de la prédication savonarolienne a suscité un intérêt bien moindre : de celui qui disait « mon dire est un faire », on a retenu le « faire » plutôt que le « dire », la posture prophétique et l’usage de la parole comme une arme plutôt que la manière dont celle-ci exerçait son emprise sur son public, la force structurante de la prédication dans un contexte civil troublé plutôt que ses modalités d’action et de réception.

Certes, tous les sermons sont des textes de circonstance (ne serait-ce qu’en raison des contraintes du calendrier liturgique) découlant d’une visée didactique, et chacun d’eux, pris unitairement, est une œuvre à vocation performative, destinée à avoir un effet immédiat sur les auditeurs. Le poids de la conjoncture historique, de ces « conditions des temps » sur lesquelles Machiavel a focalisé son attention, apparaît cependant, chez les prédicateurs qui œuvrent tout au long du XVe siècle, comme un nœud problématique majeur, susceptible d’ouvrir sur d’intéressantes perspectives d’analyse quant à la structuration et à la mise en œuvre de leur discours.

Telles sont les lignes directrices que nous souhaitons approfondir durant ces journées d’études, dont la première sera plus spécifiquement consacrée à l’aspect rhétorique de cette thématique générale, et la seconde à son aspect figuratif. Pour les raisons évoquées plus haut, notre champ d’étude accordera une large place à la Péninsule italienne, mais il ne se limitera pas à celle-ci et s’étendra, dans un souci comparatif, aux autres États européens, notamment à l’Espagne, à la France et aux pays germaniques.

Pour vérifier ces hypothèses de travail, plusieurs pistes de recherche seront suivies :

– l’inscription de la prédication dans un contexte politique ou civil spécifique et les conséquences de celui-ci sur les modalités discursives

– l’analyse des procédures rhétoriques et/ou figuratives à travers lesquelles se jouent la performativité du sermon, la structuration légitimante de la parole et l’efficacité de sa réception chez les fidèles ; l’élaboration d’un outillage mental à destination des auditeurs et son inscription dans la temporalité brève (au fil des cycles de sermons d’un même prédicateur) ou longue (d’une génération à l’autre de fidèles)

– l’analyse des sources à partir desquelles les prédicateurs construisent leurs sermons, et leur réélaboration textuelle ou figurative ; l’usage et le réemploi d’un patrimoine de motifs et d’outils « techniques » propres à la tradition des sermons ; les liens de conformité ou de rejet avec la tradition des Artes praedicandi

– le métadiscours du prédicateur sur sa propre rhétorique et l’articulation entre la parole et l’action : la « parole comme acte » (Irène Rosier)

– les procédures à travers lesquelles s’opère l’interaction entre la parole du prédicateur et la représentation, visuelle ou mentale, chez les fidèles

– le rôle des images concrètes, mentales, métaphoriques ou allégoriques dans la médiation entre le monde intérieur et le monde extérieur, ainsi que leur connexion avec le travail mnémonique et/ou la perception sensorielle

– les liens entre oralité et écriture ; les problèmes liés à la transcription des sermons (le filtre du transcripteur, le degré de fiabilité, le contrôle exercé par le prédicateur, la circulation des sermons)

– la diffusion hors d’Italie des modalités de la prédication telles que les développent Bernardin de Sienne et Savonarole, ainsi que les mutations qu’elles subissent au cours de ce processus.